Six étudiants canadiens en astronomie perfectionnent leurs talents à Hawaii

Fin mai 2018 par une soirée chaude et humide, l’aéroport de Kailua-Kona sur la Grande Ile d’Hawaii était le point de rencontre de six étudiants qui s’apprêtaient à vivre un stage de perfectionnement sans pareil. Le volcan Kilauea venait d’entrer en éruption quelques semaines plus tôt et l’air était chargé de vog (une contraction de volcano fog). Pendant dix jours, ces étudiants canadiens allaient participer au stage d’été du Maunakea (MKGS – Maunakea Graduate School) sous la supervision d’astronomes professionnels. Ensemble, étudiants et astronomes ont partagé logis et navettes afin de participer à des conférences et des visites de formation données aux grands observatoires astronomiques hawaiiens situés à Waimea, à Hilo, et au sommet du volcan éteint Maunakea. Au programme: comprendre les instruments astronomiques, apprendre le fonctionnement des observatoires, concevoir et mener à terme un programme scientifique sur les télescopes Canada-France-Hawaii (TCFH) et Gemini-Nord, ainsi que s’initier à la culture hawaiienne.

Les participants et leurs accompagnateurs (Stéphane Courteau à droite complètement) aux quartiers généraux du Télescope Canada-France-Hawaii, avec plusieurs employés du télescope.

Il s’agissait de la 8ème édition de la MKGS, initiative conçue et gérée par Stéphane Courteau, professeur à l’université Queen’s en Ontario et à laquelle l’Institut de recherche sur les exoplanètes – l’iREx – était très fier de s’associer. La MKGS est l’occasion pour des étudiants à la maîtrise ou au début du doctorat en astrophysique de se faire la main et d’apprendre leur métier. En effet, par souci d’efficacité, les observatoires qui jadis voyaient les astronomes utiliser leur télescope sur place opèrent désormais à distance, en ‘mode queue’, où c’est plutôt un astronome local qui recueille les observations pour tous. L’occasion de se rendre sur place pour utiliser un télescope, ou en apprendre les rudiments, est devenue beaucoup plus rare que pour les astronomes de la génération précédente. C’est pourquoi l’accent de ce stage d’été est mis sur l’instrumentation astronomique et l’opération des observatoires, afin de permettre aux étudiants d’optimiser leur futurs projets d’observation, compte tenu des nombreuses contraintes techniques apprises lors de ce stage.

Cette année, la cuvée d’étudiants était fort relevée. Anne Boucher (Université de Montréal, iREx), Hope Boyce (McGill University), Michael Calzadilla (Massachusetts Institute of Technology), Marie-Eve Desrochers (Université de Montréal, iREx), Brittany Howard (University of Victoria), et Connor Stone (Queen’s University), ont fait preuve d’une grande curiosité et d’un enthousiasme débordant durant toute la durée de ce stage. Ils étaient supervisés par Stéphane Courteau, accompagné de Loïc Albert, associé de recherche à l’iREx, à l’Université de Montréal, puis de Marja Seidel, astronome au Infrared Processing and Analysis Center à Caltech.

Les participants et leurs accompagnateurs aux quartiers généraux de Gemini, à Hilo, en compagnie de la directrice de l’observatoire, Laura Ferrarese (au centre).

Les observatoires TCFH et Gemini-Nord, tous deux partiellement subventionnés par le Canada, sont les hôtes de ce stage depuis 2010. Lors du stage de l’année en cours, les astronomes résidants ainsi que les ingénieurs ont donné plusieurs présentations et fait visiter leurs labos, en plus de procéder à quelques démonstrations d’ingénierie astronomique.

Toute l’équipe sur la passerelle du Télescope Canada-France-Hawaii, avec en arrière-plan les télescope Gemini (à gauche) et le Télescope de 2.2m de l’Université d’Hawaii (à droite). De gauche à droite : les participants Hope Boyce, Michael Calzadilla et Connor Stone, Marja Seidel (accompagnatrice, astronome à IPAC/Caltech), Laurie Rousseau-Nepton (astronome de support au télescope Canada-France-Hawaii), les participantes Marie-Eve Desrochers et Anne Boucher, Mary Beth Laychak (Directrice du programme d’éducation grand public du Télescope Canada-France-Hawaii), et la participante Brittany Howard.

Un des points saillants de ce stage découle de la générosité du TCFH et de Gemini, qui offrent chacun deux heures de temps discrétionnaire afin de permettre aux stagiaires de mener directement leurs observations. Ces derniers rédigent et soumettent leurs demandes de temps, qu’ils jugeront par la suite eux-mêmes afin de sélectionner les meilleurs projets, comme le font les astronomes canadiens sur une base compétitive à l’échelle nationale. La météo étant clémente cette année, les projets d’observation ont été effectués sur place, en mode dit “classique”, et les données ont été analysées par la suite.

Le début et la fin de ce séjour se déroulaient à Waimea, aux quartiers généraux du TCFH. Le groupe a aussi séjourné aux quartiers généraux de Gemini-Nord à Hilo et sur le Maunakea, où ils ont passé la nuit aux résidences d’astronomes à Hale Pohaku, afin de visiter différents télescopes (Gemini, JCMT, Keck, Subaru, TCFH).

Une première cette année aura été la rencontre marquante avec Lanakila Mangauil, un ardent défenseur de la culture hawaïenne et fervent opposant à l’implantation du Télescope de Trente Mètres (TMT) au sommet du Maunakea, qui constitue un des meilleur site au monde pour l’observation astronomique. Le directeur du TCFH, Doug Simons, qui avait longuement mis les étudiants au fait de l’épineux problème que représente le développement et la croissance sur la montagne sacrée, a accompagné le groupe au Hawaian Cultural Center (centre culturel hawaïen) d’Hamakua. La rencontre, une opportunité unique pour chacun d’apprécier les différents points de vue, a été un grand succès et sera répétée l’an prochain.

La prochaine version du MKGS aura lieu en avril/mai l’an prochain; une annonce sera faite cet automne pour la compétition des stagiaires de 2019.

La réalisation de ce stage (MKGS) est rendue possible grâce à la contribution financière de l’iREx, des observatoires TCFH et Gemini, et de l’apport d’astronomes canadiens et d’Hawaii.